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  • : Le blog de l'AMTPC
  • : En 1983, l'AMTPC a créé le Musée du Textile et du Peigne en Corne à Lavelanet (09300). Ses membres ont récolté et restauré des machines des industries locales mais aussi sauvegardé la mémoire des Travailleurs du Pays d'Olmes. Ce Bénévolat s'est concrétisé par de nombreuses expositions et animations diverses.
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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 16:19

La brochure élaborée par Monsieur Léo Bez pour accompagner les bulletins de souscription de son entreprise, se termine par une description des techniques de fabrication du peigne en corne. Une comparaison avec les pratiques utilisées sur d'autres sites de production en France montre qu'à Labastide-sur-l'Hers la perfection du processus de fabrication est à l'apothéose de la technologie.

 

vueusine.gif

 

La Fabrication

 

L'amoncellement dans ces usines des matières premières attendant leur emploi est énorme.

Il s'agit tout d'abord de débiter cette corne en trois tronçons, ce qui se fait au moyen de scies à ruban. La pointe est mise de côté et sera expédiée à la coutellerie, ou en Allemagne, suivant sa valeur, pour fabriquer les tuyaux de pipes. Quant aux autres tronçons, après avoir été ramollis sous l'action d'un feu de bois (avec la vapeur, on obtiendrait un travail meilleur, plus rapide, moins coûteux.) ils sont sectionnés en hélice, par des ouvreurs, de manière à pouvoir former, après aplatissage, une plaque carrée. Cette opération de l'ouvrage réclame de la pert de l'opérateur une précision de coup d'oeil et une habilité coordonnées.


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À la suite de ce sectionnement, qui est suivi d'un redressement partiel, on trempe la corne pendant deux ou trois mois dans l'eau, jusqu'à ce qu'elle soit devenue malléable ; puis elle est chauffée à une haute température et serrée énergiquement entre les parois d'une presse horizontale formée de plaques de fonte chauffées ou mieux encore, entre les parois de plaques creuses, chauffées à la vapeur, qui dilatent la corne, l'étendent et en font des plaques régulières d'épaisseur.

 

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En même temps la corne, graissée au moyen de suif, devient verdâtre et transparente. Au sortie de la presse, ces plaques égalisées sont séchées pendant le même laps de temps qu'on a mis à les tremper, et lorsque la dessiccation est complète, on peut alors les employer à la fabrication.

Il importe de mentionner, avant d'aller plus loin, que la corne de bœuf ou de vache subit un triage méticuleux, qui la divise soit en corne dite blonde, soit en corne dite d'Irlande. Cette dernière sert à fabriquer les peignes de choix blancs, et elle ne subit pas l'opération du trempage, ni celle de la pression à chaud. Elle est redressée simplement entre des plaques de bois, avec de grandes précautions, afin d'éviter qu'elle ne verdisse.

La corne de mouton s’aplatit différemment : on se borne, après un trempage rapide, et une dessiccation nécessaire, à enlever l'intérieur au moyen de couteaux spéciaux, la partie extérieure seule étant employée, lorsqu'elle a passé par les étaux redresseurs.

 

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L'aplatissage de la corne ne fait pas, à proprement parler, partie de la fabrication du peigne. Toutes les autres régions qui se livrent à cette fabrication ont divisé ces deux opérations qui forment deux industries distinctes. Il ya dans cette division de graves inconvénients économiques qu'il importe de faire ressortir.

Les fabricants de peigne de la Normandie, par exemple, sont obligés de passer par l'intermédiaire des aplatisseurs, dont les bénéfices viennent inutilement grever les produits eux-mêmes. Ils opèrent de plus sur de petites quantités qui ne leur permettent pas de s'approvisionner directement des cornes nécessaires.

 

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L'isolement de Labastide donna à M. Bez l'idée de tout concentrer en cette localité et d'en faire un centre industriel absolument complet.

C'est ainsi que les usines qu'il a créées dans la région, celle de Labastide, celle de Campredon, celle de l'Aiguillon, celle de Laroque sont pourvues de tout l'outillage nécessaire, de toutes les branches industrielles permettant de recevoir , comme nous l'avons expliqué, la corne brute et de remettre au camionnage les peignes dans leurs boîtes et dans leurs caisses, prêts à partir dans toutes les directions.

Arrivons à la fabrication proprement dite.

Selon la qualité et l'épaisseur de la corne, on en tire soit le peigne à décrasser, soit le peigne à retaper. On commence par découper les plaques, soit à la scie, soit par emporte-pièces qui leur donnent la forme voulue ; puis l'embryon du peigne est soumis à l'action d'estadeuses, machines de la plus grande perfection, qui conduites par des femmes, effectuent la denture du peigne. Une ingénieuse combinaison mécanique fait avancer le peigne automatiquement de l'épaisseur d'une dent, et ainsi s’entaillent avec une merveilleuse rapidité et une précision mathématique des milliers et de milliers de peignes. Un mécanicien dirige et surveille cette partie de la fabrication, affûtant les scies au fur et à mesure, car il importe que la section de la dent soit très nette … Le peigne ainsi denté passe sous l'action de meules à planeter faites d'émeri, et qui, si elles enlèvent les bavures laissées par l'estadeuse produisent à leur tour, à la surface du peigne une rugosité que le ponçage fera disparaître. Le ponçage s'effectue au moyen de disques de peau de buffle, au nombre de 30 environ, que l'on imprègne de ponce mouillée, et qui, tournant avec une grande rapidité, servent à évider la denture et à la rendre ainsi pénétrante dans la chevelure. Des disques de drap, agissant de la même manière, servent ensuite à adoucir la surface du peigne et à la rendre propre au polissage final.

 

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Nous ne voudrions pas omettre, à côté de ce travail mécanique le très intéressant travail à la main, qui intervient avant le polissage et qui se fait au moyen de ratines, de limes, de carrelets, de grêles, ayant pour but, surtout dans les articles fins, de dégager les dents, de les évider, de polir la surface, de donner en un mot, au peigne, toute la netteté et tout le fini désirables. Ce sont aussi des ouvriers spéciaux qui traitent cette partie spéciale du travail ; il en est de même pour les dessins, filets, arabesques … etc. Mais ce travail à la main ne s'explique que pour les objets d'une certaine valeur.

Le polissage enfin, auquel on soumet toutes les catégories de peignes se fait au moyen de disques de peau de chamois, enduits de tripoli.

 

planeter


Terminons par une classification.

On distingue le peigne en corne naturelle, le peigne façon buffle ou noir, le peigne façon ambre et enfin le peigne façon écaille.

Sauf par conséquent pour la corne naturelle, on soumet les peignes à des bains tinctoriaux qui leurs donnent le caractère qu'ils doivent avoir. On obtient ainsi des peignes dont le prix varie de 10 francs à 60 francs la grosse pour les peignes à décrasser, et de 20 francs à 180 francs la grosse pour les peignes à retaper.

Si nous jetons un coup d'œil sur les moyens dont dispose cette manufacture, nous voyons qu'en ses diverses usines, elle occupe plus de 300 ouvriers ou ou ouvrières. La moyenne des salaires est de 3 francs pour les hommes, 1f25 pour les femmes, 1 f pour les enfants. Le régime adopté est le travail aux pièces, qui est véritablement le plus équitable et réserve à chacun suivant ses œuvres.

Le matériel comprend dans son ensemble :

  • 20 étaux dresseurs pour la corne de mouton,
  • 8 sièges à serpette,
  • 12 étaux dresseurs pour la corne de bœuf et de vache,
  • 30 presses diverses,
  • 80 estadeuses,
  • 20 meules à émeri
  • 20 raboteuses, adoleuses, rogneuses, façonneuses, … etc,
  • 40 polisseuses,
  • 30 ponceuses.

L'ensemble de la production atteint environ 16 000 grosses (*) de peignes par an, ce qui fait plus de 5 millions de peignes qui sortent tous les ans de cette puissante usine et qui portent la marque universellement connue « Le Bouquet ».

 

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(*) Une grosse = 12 douzaines, soit 144 peignes.

Sur la plupart des photos d'atelier, Monsieur Léo Bez pose au milieu de ses employés.

Aujourd'hui, les opérations de trempage ont disparu, mais, dans les deux ateliers qui fonctionnent encore, toutes les opérations décrites sont nécessairement utilisées.

 

 


 

 

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